Ce récit s’enclenche lorsque le narrateur de ce court texte se met à tomber sous le charme des irrésistibles pains spéciaux fabriqués par Schwint, le maître boulanger de la rue dans laquelle il vient d’emménager. brötchen, schrippen et autres spécialités typiquement allemandes (pains au pavot, croissants, pains variés pour le petit déjeuner...) sont le fil conducteur de cette fable autour de la gourmandise et du désir, qui se dévore d’une traite mais n’est pas sans surprises ni rebondissements.
Pour couper court aux questions d’une voisine qui s’étonne de son appétit de brötchen, Farssmann se laisse aller au mensonge, prétendant ravitailler deux de ses collègues féminines. La même faiblesse le pousse à ne pas détromper le boulanger lorsque celui-ci, confondant livres et livres de comptes, le prend pour un libraire. Cela tombe bien d’ailleurs : Schwint est tout disposé à lui accorder le privilège d’un petit sac de brötchen mis de côté, le dispensant ainsi de faire la queue tous les matins, à condition que Farssmann lui procure un certain roman érotique chinois. Mais où trouver cet ouvrage ? Farssmann ne pourra espérer l’obtenir qu’en l’échangeant contre la promesse à une tierce personne d’autre chose – cette autre chose, il faudra elle-même qu’il la troque contre autre chose, avec quelqu’un d’autre… De fil en aiguille, le piège gourmand le conduira à multiplier les transactions, de plus en plus saugrenues, jusqu’à perdre en route l’objet de sa convoitise.
Traduit par : Leila Pellissier & Frank Sievers