La relation entre Rome et les Goths a longtemps été perçue par les historiens comme un interminable affrontement, une constante reculade du pouvoir romain face à des peuples mal organisés mais d'autant plus irrépressibles qu'ils étaient eux-mêmes sans cesse repoussés par d'autres. Quelques faits guerriers mémorables comme le sac de Rome par Alaric en 410 ponctuaient ce véritable choc supposé de cultures irréconciliables. Aujourd'hui où cette notion de choc des cultures devient une grille d'analyse faussement commode et périlleuse à l'extrême (particulièrement entre Islam et Occident judéo-chrétien), il importe d'y voir clair dans un autre choc perçu lui aussi de manière simplificatrice. C'est l'objectif, le mérite, la réussite et l'actualité du livre de Michael Kulikowski de remettre en perspective une relation longue et complexe qui ne saurait se résumer à des combats, des sièges et des pillages. Cet ouvrage dépasse largement le souci de la simple érudition ou le plaisir des récits guerriers ; il nous aide à mieux cerner une période constitutive de l’Europe d’aujourd’hui.