L’auteur, qui a lu Rosanvallon, Aubry, Crozier, Bourdieu, Bébéar, Piketty, Minc, bien d’autres encore, nous entraîne dans un récit à l’anglo-saxonne, ou la vigueur du style et le sens de la narration ne se déparent jamais de la référence et de la donnée chiffrée puisée aux meilleures sources (INSEE, OCDE, FMI, Banque mondiale, PNUD etc.). La stratégie argumentative de l’auteur tient en l’identification du point de bascule séparant des principes sains pouvant harmonieusement se développer dans une situation historiquement datée de leurs perpétuation dogmatique lorsque le contexte et le monde tout entier (la fameuse mondialisation), les rendent caduques.
La structure du livre de Timothy B. Smith se comprend de la sorte : qu’il s’agisse du « malentendu de l’Etat-providence français » (chapitre 1), des « Etats-providence corporatistes » (chap. 2), de la « trahison des intellectuels » (chap.3) de la « rupture avec le socialisme » (chap. 4), de la « persistance des inégalités » (chap. 5), des « groupes protégés » (chap. 6) des « exclus » (chap. 7) ou de « l’exception française » (chap. 8 et dernier), l’auteur montre comment l’habitude, la défense d’avantages catégoriels, l’entretien de clientèles électorales, le dogmatisme et le mépris de toute égalité réelle au bénéfice d’une égalité de principes ont dévoyé le modèle social français, qui redistribue beaucoup, mais pour l’essentiel à ceux qui n’en ont désormais plus besoin : restent les immigrés, les jeunes, les étudiants, les chômeurs et les femmes, les plus de cinquante ans aussi, qui payent le prix exorbitant d’avantages maintenus à d’autres.
Que propose l’auteur ? Non pas le suivisme ultra-libéral de type anglo-saxon mais bien plus la redéfinition de critères de priorité et d’accès à la solidarité nationale. Admirateur et défenseur des Etats-providence, il les souhaite réalistes et équitables et non dociles reproducteurs d’avantages acquis. Passionnant.
Traduit par : Geneviève Brzustowski